lundi 11 avril 2016

Intuition, Divination et Philosophie (1)

De l'Intuition en Philosophie

1ère partie
Par Intuition and Co, Kathy Hanke

De la philosophie à la métaphysique, la présence de l'Intuition est incontournable. 

Pour commencer, quelques définitions et origines


Intuition

Pour le dictionnaire de la Philosophie, Larousse l'intuition est "connaissance immédiate. On distingue en principe l'intuition "empirique", qui se rapporte à un objet du monde, et l'intuition "rationnelle" qui désigne la saisie immédiate d'un rapport entre deux idées (par exemple, c'est une intuition rationnelle qui nous permet de saisir la démonstration que la somme des angles d'un triangle est égale à deux angles droits.) Toute intuition a un caractère de découverte, qu'il s'agisse de la découverte d'un objet du monde, d'une nouvelle idée ou de l'analyse d'un sentiment. C'est en ce sens qu'on a parlé de la nature "divinatrice" de l'intuition. On distingue en psychologie, les intelligences "intuitives" et les intelligences "discursives, selon la rapidité de la compréhension et ses exigences de démonstrations objectives ou, au contraire, ses répugnances à leur égard."

Pour le dictionnaire Hachette : « Connaissance directe et immédiate sans recours au raisonnement. Pressentiment. Avoir l'intuition de ce qu'il va arriver. »

Du latin Intueri « regarder attentivement » et de Intuitio « action de voir une image dans une glace. » et Intuitus « voir à l'intérieur ».

Irrationnel, définition Dictionnaire de la philosophie, Larousse
"Irrationnel, inaccessible à la seule raison. L'irrationnel désigne aussi bien le sentiment (par exemple le sentiment de la nature) que l'expérience de l'action volontaire : un sentiment ou un acte sont intrinsèquement irrationnels dans la mesure où ils sont réductibles, dans leur réalité spécifique, aux discours que l'on peut faire sur eux. Est irrationnel, en un sens plus large, ce que nous ne pouvons connaître que par intuition, ce qui n'est pas conceptuel, par ex la réalité du monde extérieur (kant), l'existence de la raison elle-même (Lask).
D'un point de vue psychologique une conduite est irrationnelle si lle exprime une réaction spontanée (émotive, passionnelle, réflexe), et ne procède pas d'une décision volontaire murement réfléchie."

Philosophie définition et étymologie

Selon le dictionnaire Larousse : « Branche du savoir qui se propose d'étudier les principes et les causes au niveau le plus général, d'étudier les fondements des valeurs morales et d'organiser les connaissances en un système cohérent. » « Matière d'enseignement comprenant la psychologie, la morale, la logique et la métaphysique. »
Le mot philosophie vient du grec ancien et sa traduction signifie l'amour de la sagesse, philo-sophia.


Divination

Selon le dictionnaire Hachette, « Art de deviner l'avenir par l'interprétation des présages. Faculté de deviner le futur, d'expliciter des pressentiments. »


Métaphysique définition et étymologie

Pour le Larousse : «Recherche rationnelle de la connaissance des choses en elle-même, au delà de leur apparence sensible et des connaissances que l'on en a grâce aux sciences positives. »
« Ensemble de spéculation sur les idées, la vérité, Dieu, etc... »
Pour Platon la métaphysique est la connaissance la plus élevée. Depuis Descartes, la métaphysique est le fondement de la philosophie.
Son étymologie vient du grec Ta meta ta phusika (ce qui vient après la physique) puis en latin pour donner Metaphysica.


La philosophie ne peut se passer de l'intuition, qu'elle soit connaissance directe, ou d'expérience avec les sens dans le ressenti.


L'intuition dans son côté voyant et prophète appelle la divination qui côtoie l'histoire de la philosophie à ses débuts. Divination et intuition sont liées par un dépassement de la rationalité et des frontières du temps et de l'espace. Selon Penney Peirce pionnière américaine dans l'enseignement de l'Intuition, auteur de l'Intuition "La divination est l'une des manifestations les plus anciennes et les plus importantes de la connaissance intuitive." Souvent les songes transmettent des messages importants et sont prémonitoires. 

La divination a enrichi la philosophie, puis la philosophie est sortie des superstitions, des sacrifices d'animaux ou alors des voles des oiseaux, pour affiner l'expérience subjective directement. Comme le fait remarquer un lecteur, la philosophie a rompu d'avec la pensée mythologique, pré-rationnelle, de nouveaux concepts de pensées apparaissent. Et aussi s'il s'agit d'affiner l'expérience subjective, l'intuition se libère grâce au contact d'avec le divin. L'intuition, dans le sens de connaissance directe et de révélations. L'intuition et la conceptualisation, fonctionnent ensemble. Comme on peut le voir dans la nature, du plus simple au plus complexe et pourtant la même intelligence est à l'oeuvre. L'équilibre est dans l'harmonie. 

"Tous les maitres de la vie spirituelle, depuis les auteurs des Upanishads jusqu'à Socrate, depuis Bouddha jusqu'à saint Bernard, sont d'accord sur ce que, sans la connaissance de soi-même, il ne peut y avoir de connaissance suffisante de Dieu; sur ce que, sans ce recueillement constant, il ne peut avoir de délivrance complète." écrit Aldous Huxley dans la Philosophie éternelle. Ils recommandent de considérer les choses et les personnes comme les temples du Saint-Esprit.

Comme le souligne Arnaud Desjardins (4), le Taoisme, le Bouddhisme, le Védanta hindou, l'Ancien testament, les Evangiles, le Soufisme, Socrate, Platon, Plotin, tous disent que notre vrai réalité est l'absolu.

Le mythe comme origine de la Philosophie


La chute des titans - Rubbens -


A l'origine de la Philosophie, il y a eu le mythe. La divination est une pratique importante pour les sociétés anciennes, permettant le contact entre le monde des hommes et celui des Dieux et agent de liaison de l'Esprit avec les profondeurs de l'âme et de la Conscience, liaison entre le visible et l'invisible. Toutes les cultures du monde ont cherché à communiquer avec l'au-delà, pour connaître leur avenir, pour être guidées, pour comprendre et choisir la meilleure voie.
La divination devient sacrée et la providence fait partie de la réponse à la prière.

Bertrand Meheust, historien de la parapsychologie et philosophe1, fait remarquer que la Grèce antique met en avant la Mémoire comme faculté mentale la plus importante et qui vient s'opposer à la conception occidentale de la mémoire comme expérience des sens. Il écrit : 
« Mnèmosunè, Mémoire, règne sur notre pensée, qu'elle surplombe et rend possible. Déesse titane, soeur de Cronos et d'Okeanos, elle est la mère des muses et préside à la fonction poétique. Elle est la source de tout savoir. Comme le dit Homère, elle sait « tout ce qui est, tout ce qui fut, tout ce qui sera ». Dans son omniscience sont archivés l'origine des choses, les actes fondateurs des dieux, les généalogies des rois et des héros, les évènements futurs, le destin des êtres humains, le temps primordial. La connaissance qu'elle dispense est de nature divinatoire; le poète qu'elle inspire jouit d'un accès direct aux réalités passées. Son savoir s'étend bien au-delà de nos individualités limitées, car il n'est pas confiné dans le moi : l'être humain éprouve en lui ses puissances, mais il sait qu'elles le débordent, qu'elles transcendent sa personne limité. Cette conception va survivre dans la doctrine platonicienne des Vérités éternelles, puis dans la théologie chrétienne, puisqu'on verra saint Augustin, dans un passage célèbre des Confessions, célébrer l'insondable mystère de la mémoire. »


Les grecs de l'époque archaïque percevaient le temps primordial, l'Aiôn au delà du temps profane, qui permettait d'accéder à la liberté, au delà de la condition humaine et l'Aiôn était l'espace auquel accédait le devin pour ses prophéties.

Apparition de la philosophie 

La philosophie est apparue au 6ème siècle avant J-C en Grèce, grâce à Pythagore, savant et philosophe mystique, le premier philosophe à parler de l'amour de la sagesse. 

Pythagore, mathématicien et le premier philosophe


Dans l'excellent livre de Yvonne de Sike, Historienne de la divination, L'histoire de la Divination, elle écrit : 
« Dans la doctrine de Pythagore, il n'y aucune théorie scientifique de la divination, mais la mystique qui va de pair avec ses spéculations sur l'harmonie des sphères, les nombres et la métempsychose accepte la mantique comme une émanation de cet ordre universel, tout en repoussant la divination magique, l'inspection des entrailles et l'effusion de sang.  
Pythagore, dont le nom signifie littéralement « porte-parole de la pythie », est le fondateur d'une sorte d'institut religieux, approuvé par l'oracle de Delphes. La doctrine morale de son enseignement, fondé sur l'ascétisme et les purifications, vise à la perfection de l'âme ; celle-ci, parcelle d'éternité qui se nourrit du contact avec le divin, est capable de saisir des brides de la révélation divine qu'elle porte à la conscience de l'homme par les songes ou par la pratique de la libanomancie, mancie à partir de la fumée de résines odorifantes. La légende tissée autour de ce personnage fabuleux a fait de lui un prophète et ses disciples ont recueilli, dès le IVème siècle, certains de ses aphorismes , sous le titre d'acousmata, « instructions orales », accentuant le côté mystique du maître par le caractère fragmentaire et la difficulté de leur interprétation. »

Des exercices de mémoire se pratiquaient beaucoup en Grèce archaïque, alliés à des techniques de respiration, impliquant le corps et l'esprit, « afin de libérer l'âme du corps et de voyager dans l'au-delà . ». L'âme en revenait avec un savoir prophétique. « Les disciples de Pythagore s'entraînaient chaque soir à reconstituer le souvenir détaillé de leur journée afin d'acquérir la capacité de retrouver leurs vies antérieures. Empédocle (fragment 129) affirme que cet exercice réclame « une tension de toutes les forces de l'esprit ». Chez Epiménide, il s'agit d'un exercice divinatoire essentiellement rétrospectif visant à découvrir les fautes commises dans les vies antérieures. L'anamèse devient une technique de salut. Et la Mémoire est considérée comme accès au passé de ses vies antérieures, donc réduite de sa conception originelle. La tragédie grecque selon Jacqueline de Romilly viendrait de « cette conception archaique du temps et de la mémoire; elle est l'expression d'un moment particulier de l'histoire humaine ou l'idée d'un temps linéaire et irréversible commence à s'ébaucher mais où les anciennes conceptions sont encore vivantes. »1

Marcel Detienne, spécialiste de la grèce archaïque écrit : « Chez les poètes et les devins, elle est un don de voyance qui permet la saisie totale du passé, du présent et du futur ». 2

La Mémoire selon cette conception ouvrait sur d'autres dimensions de l'Esprit et permettait à l'âme de recevoir un savoir prophétique. Le travail avec la mémoire était la source de la divination. Pour Platon, "Connaitre, c'est ou bien monter au ciel et voir, ou bien plonger en soi-même pour recevoir le ciel et se souvenir."


Dans la deuxième partie, vous retrouverez les Védas, Bouddha, Socrate, Platon.


Bibliographie
1 Bertrand Meheust, Les miracles de l'esprit, p199
2 Yvonne de Sike, Histoire de la divination, page 202, 2011
3 Yvonne de Sike, Histoire de la divination, page 202, 2011
Arnaud Desjardins, A la recherche du soi "tu es Cela", 1980, page 13







(mise à jour, samedi 25 avril 2015)